Institut de Recherche sur la Renaissance, l'âge Classique et les Lumières (IRCL - UMR 5186)


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Arrêt sur scène / Scene Focus
Une revue en ligne bilingue publiée par l'IRCL / A bilingual online journal published by the IRCL

 

 

 

 

This issue was funded by the FACE Foundation

N° 06 - 2017

 

Arrêt sur scène / Scene Focus
Scènes de balcon / Balcony scenes

 

Dirigé par / Edited by
Bénédicte Louvat, Florence March, Janice Valls-Russell, Sarah Hatchuel et Nathalie Vienne-Guerrin

 

245 pages

 

Illustration de couverture / Cover illustration : Julie Ann Earls (Juliet) and Jason Bowen (Romeo) in the balcony scene from Actors Shakespeare Project 10th Anniversary Season opener (2013), Romeo and Juliet, co-directed by Bobbie Steinbach and Allyn Burrows. This was a landmark collaborative production with the The City of Boston at The Strand Theatre. © Photo : Stratton McCrady.

 

 

Présentation / Presentation

 

Sommaire / Contents

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstract and bio-biblios

 

 

Présentation / Presentation

 

Ce numéro est issu du colloque-festival « Scènes de balcon dans le théâtre européen des XVIe-XVIIIe siècles », organisé du 23 au 25 novembre 2016 au théâtre La Vignette, université Paul-Valéry Montpellier 3, par l’IRCL (Institut de recherches sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières, UMR5186 CNRS), le GRIC (Groupe de recherche Identités et Cultures, EA4314, université le Havre Normandie) et university of Georgia (USA). Le colloque-festival et ce numéro d’ASF ont été réalisés dans le cadre du programme PUF (Partner University Fund of the French Embassy) « Scene Stealing/Ravir la scène », financé par la FACE Foundation.

S’il est une scène de balcon particulièrement célèbre et devenue, de ce fait, archétypale, c’est assurément, bien qu’aucun balcon ne soit mentionné par Shakespeare, celle de Roméo et Juliette,qui fournit une série de motifs appelés à devenir par la suite autant d’invariants. Ce numéro réunit tout à la fois des études portant sur les appropriations de la scène du balcon de Roméo et Juliette et des travaux relatifs à la scène de balcon dans le théâtre européen, en particulier dans les théâtres anglais et français.  Chacun des trois volets abordés ici – « Roméo et Juliette et ses réappropriations », « Autres scènes de balcon dans le théâtre anglais », « Dialogues européens » – croise les regards de chercheurs et de praticiens, études scientifiques et expérimentations artistiques. Au carrefour de plusieurs disciplines, abordées selon des méthodologies variées, les nombreuses études de cas visent à mettre au jour des caractéristiques génériques qui esquissent en creux une dramaturgie, une typologie de la scène de balcon.

 

This collection of essays grew out of the festival-conference « Balcony scenes on 16th-18th-century European stages », which took place on 23-25 November 2016 at Théâtre La Vignette, University Paul-Valéry Montpellier 3. The event was organised by the IRCL (Research Institute on the Renaissance, the neo-Classical Era and the Enlightenment, UMR5186 CNRS), the GRIC (Research Group on Identities and Cultures, EA4314, Le Havre Normandie University) and the University of Georgia (USA). Both the festival-conference and this issue of Arrêt sur Scène/Scene Focus are part of the PUF Programme (Partner University Fund of the French Embassy in the USA), « Scene Stealing/Ravir la scène », financed by the FACE Foundation.

If there is one balcony scene that is world-famous and consequently archetypal, it is the balcony scene in Romeo and Juliet – even though no balcony is ever mentioned by Shakespeare – which offers a series of motifs that have in turn become invariants. This issue of Arrêt sur Scène/Scene Focus brings together articles on the appropriation of the balcony scene in Romeo and Juliet and on balcony scenes on European stages, more especially in England and France. The contributions are organised in three sections – “Romeo and Juliet and its reappropriations”, “Other balcony scenes on the English stage”, “European conversations” – which invite exchanges between academics and practitioners, scholarship and artistic experimentation. Cross-disciplinary in their approach and drawing on various methodologies, several of the case-studies in this issue seek to uncover generic characteristics that delineate a dramaturgy and typology of the balcony scene.

 

Ont participé à ce numéro/Contributors : Christoph Behrens, Laurent Berger, Christophe Couderc, Alban Déléris, Frédéric Delord, Christy Desmet, Marc Douguet, Athina Efstathiou-Lavabre, Philippe Goudard, Mégane Garençon, Sarah Hatchuel et Ronan Ludot-Vlasak, Rui Carvalho Homem, Sujata Iyengar, Perry Mills, Alison Passe, Béatrice Pfister, Françoise Poulet, Jennifer Ruiz-Morgan, Estelle Rivier-Arnaud, Thierry Verdier

 

Sommaire / Contents

 

Bénédicte Louvat (ELH/PLH, Univ. Jean-Jaurès Toulouse) et Florence March (IRCL, UMR 5186 CNRS, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)

Introduction : p. i-vi

I. La scène de balcon de Roméo et Juliette et ses réappropriations

Jennifer Ruiz-Morgan (University of Murcia)
Recreating Romeo and Juliet’s balcony scenes on the nineteenth-century Spanish stage : p. 1-13

Béatrice Pfister (Univ. Sorbonne Nouvelle)
La scène du balcon en ballet : Roméo et Juliette du classique au contemporain : p. 15-24

Frédéric Delord (IRCL, UMR 5186 CNRS, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)
Shakespearean echoes in the American musical: balcony scenes : p. 25-47

Sarah Hatchuel (Univ. Le Havre-Normandie) et Ronan Ludot-Vlasak (Univ. Lille 3)
Roméo et Juliette dans Candy: la scène du balcon entre tradition et subversion : p. 49-64

Philippe Goudard (RIRRA21, Univ. Paul-Valéry Montpellier 3) avec Mégane Garençon (Master 2 Théâtre et spectacle vivant, Univ. Paul-Valéry Montpellier 3)
Du cirque au balcon : « Up and Down » ou Juliette entre l’élan et la chute : p. 65-70

Laurent Berger (RIRRA21, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)
Les conventions interprétatives dans la scène du balcon de Roméo et Juliette : une approche pratique : p. 71-74

 

II. Autres scènes de balcon dans le théâtre anglais
Rui Carvalho Homem (Universidade do Porto)
Of mountebanks, lovers and thieves: rhetoric and desire under two Venetian balconies : p. 75-84

Perry Mills (King Edward VI School, Stratford-upon-Avon)
Placing girls (or boys) on a pedestal – Dealing with vertigo in the early modern boys’ companies: p. 85-97

Alison Passe (University of Aberdeen)
The monument scene in Antony and Cleopatra: a reinvention of the balcony scene in Romeo and Juliet? : p. 99-105

Christy Desmet (University of Georgia)
Enter Beatrice, above”: The balcony as safe space in John Marston's The Dutch Courtesan : p. 107-121

Athina Efstathiou-Lavabre (Univ. Paris Nanterre)
Acting “above” in Richard Brome’s (1590?-1652) comedies : p. 123-133

Sujata Iyengar (University of Georgia)
Shakespeare’s anti-balcony scene : p. 135-145

 

III. Dialogues européens

Françoise Poulet (Univ. Bordeaux Montaigne)
La « scène de la fenêtre » dans Le Menteur de Corneille (III, 5) : l’illusion théâtrale comme jeu de dupes : p. 147-157

Alban Déléris (IRCL, UMR 5186 CNRS, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)
La scène du balcon dans deux pièces françaises du premier XVIIe siècle : une dramaturgie de la transgression ? : p. 159-169

Christoph Behrens (Universität Rostock)
La scène de balcon, architecture littéraire de l’amour : l’exemple de la comédie classique (Scarron et Molière) : p. 171-188

Marc Douguet (UMR Litt&Arts, Université Grenoble-Alpes)
Un espace hétérogène : dramaturgie du balcon dans le théâtre français du XVIIe siècle : p. 189-206
Vidéo : Don Japhet d'Arménie

Christophe Couderc (EA Études Romanes, Univ. Paris Nanterre)
Le balcon dans la comedia espagnole du Siècle d’or : scénographie, signification(s) : p. 207-217

Estelle Rivier-Arnaud (3L.AM, Le Mans Université)
Dialogue implicite entre Cyrano et Roméo au balcon de la salle Richelieu : Étude comparée des scénographies conçues par Éric Ruf pour la Comédie-Française, 2006-2016 : p. 219-229
Thierry Verdier (IRCL, UMR 5186 IRCL, Université Paul Valéry Montpellier 3)
David et Bethsabée, un épisode biblique de la scène du balcon et sa lecture iconographique
au temps d’Henri viii
: p. 231-245

 

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

Christoph Behrens (Universität Rostock)

La scène de balcon, architecture littéraire de l’amour : l’exemple de la comédie classique (Scarron et Molière)
Bien que la scène de balcon dans Roméo et Juliette de Shakespeare représente le balcon littéraire le plus emblématique, sa scène de balcon s’inspirait d’un imaginaire culturel bien plus ancien et déjà consolidé dans la littérature méditerranéenne. Nous souhaitons démontrer que le balcon est un lieu performatif littéraire, un catalyseur, qui non seulement encadre le jeu amoureux, mais qui grâce à sa liminalité facilite également des modifications dans la conception de l’amour et de sa représentation scénique qui, selon notre hypothèse, vont de pair avec des transformations d’ordre poétologique. Pour cela nous analyserons un corpus diachronique de la scène de balcon qui comprend les Vidas et Razos du trobador Guillem de Capestaing ainsi que les comédies classiques Dom Japhet D’Arménie (1646/47) dePaul Scarron et L’École des femmes (1662) de Molière. Nous souhaitons ainsi proposer un modèle socioculturel et littéraire du balcon, à partir duquel nous proposerons une interprétation du lien étroit entre le balcon et l’amour voire la littérature amoureuse si profondément ancré dans la culture populaire et le canon littéraire.
The balcony scene as a literary architecture of love : the example of classical comedy (Scarron and Molière)
Although the balcony scene in Shakespeare’s Romeo and Juliet became the most emblematic balcony in world literature, it is built on an earlier cultural imaginary that had already been consolidated in Mediterranean literary culture. This paper aims at showing that the balcony is a literary performative space, a catalyser, that not only frames love games, but also, owing to its liminality, helps to fashion the conception and the staging of love that simultaneously affect love poetics. Through close readings of a diachronic corpus that includes the medieval Occitan Vidas and Razos of the trobador Guillem de Capestaing as well as classicist comedies by Scarron (Dom Japhet D’Arménie, 1646/47) and Molière (L’École des femmes, 1662), this article proposes a sociocultural and literary model of the balcony that casts light on the close link between the balcony and love (literature) that seems to be deeply rooted in popular culture and the literary canon.

Christoph Behrens enseigne les littératures et cultures francophones et italophones à l’Université de Rostock (Allemagne). Il prépare une thèse doctorale sur la scène de balcon et la représentation de l’amour dans les littératures françaises et italiennes sous le titre « L’amour au balcon : potentiels littéraire et ordres socioculturels de l’amour ». Ses intérêts de recherche portent sur le lien entre les pratiques esthétiques et socioculturelles de l’amour, sur la théorie de la performativité et de la performance, sur les rapports entre la littérature et les « autres » arts ainsi que, dans le cadre de son groupe de recherche « Gender/Queer AG », sur l’intégration des études queer-féministes dans l’analyse littéraire.
Christoph Behrens teaches French and Italian literatures and cultures at Rostock University (Germany). He is preparing a PhD on the balcony scene and the representation of love in French and Italian literatures under the title: “Balconies of love: poetic and sociocultural orders of love in French and Italian literature”. His main areas of research are the interrelation between aesthetic and sociocultural practices of love, theories of performance and performativity, the connections between literature and “other” artforms as well as the integration of gender and queer theories in (Romance) philology, within his research group “Gender/Queer AG”.

 

 

Laurent Berger (RIRRA21, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)

Les conventions interprétatives dans la scène du balcon de Roméo et Juliette : une approche pratique
La scène du balcon de Roméo et Juliette pose des questions dramaturgiques et scéniques à la mise en scène moderne qu’il est éclairant d’aborder par le biais du jeu théâtral. L’idée de cette communication performative est de proposer une recherche pratique qui mette en lumière certains aspects textuels de la scène du balcon (enjeux psychologiques, poétiques, dramaturgiques,…) à travers différents dispositifs scéniques et directions de jeu qu’elle génère. En mettant successivement les comédiens incarnant Roméo et Juliette dans des situations qui illustrent les enjeux clefs de la scène, nous essayons de montrer que malgré la manière très intuitive dont Shakespeare utilise les codes scéniques de son époque pour évoquer les sentiments des amants de Vérone, la scène du balcon constitue un cadre formellement rigide qui limite substantiellement la liberté de création pour des artistes contemporains.
Interpretive conventions in the Romeo and Juliet balcony scene: a hands-on approach
The balcony scene in Romeo and Juliet raises dramaturgic and staging issues for contemporary directors that may be explored through performance. The idea behind this performative contribution is to invite a hands-on approach that throws light on textual aspects (psychological, poetic, dramaturgic) through the different stagings and cues the balcony scene invites. By putting the actors cast as Romeo and Juliet in situations that illustrate key issues of the balcony scene, we shall attempt to show that it is a formally rigid framework that substantially cramps the creativity of contemporary performers and directors despite Shakespeare’s highly intuitive use of the stage conventions of his period to explore the Verona lovers’ feelings.

Metteur en scène, enseignant-chercheur et dramaturge, Laurent Berger est maître de conférence à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, intervenant régulier à la Manufacture, Haute École de Théâtre de Suisse romande ainsi que collaborateur artistique à hTh-CDN de Montpellier. Récemment il a monté une version intégrale de 24 heures de l’œuvre dramatique de Shakespeare en 6 épisodes, 3 8 S M, au Teatro Nacional Cervantes dans le cadre du Festival International de Buenos Aires (FIBA), il a également créé avec Andrés Marín D. Quixote, adapté du Quichotte de Cervantes, au Théâtre National de Chaillot. Ses domaines de recherche sont principalement la théorie et la pratique de la mise en scène et du jeu de l’acteur, la dramaturgie shakespearienne ainsi que les relations entre le théâtre et les sciences.

Director, teacher and dramaturg, Laurent Berger is a senior lecturer at University Paul-Valéry Montpellier 3, and regularly invited by the Manufacture, Haute École de Théâter de Suisse romande. He is also an artistic collaborator at the Montpellier hTh-CDN. Recently, he directed the complete works of Shakespeare in a 24-hour, 6-episode, production and 3 8 S M at the Teatro Nacional Cervantes for the International Festival of Buenos Aires (FIBA). He also co-directed (with Andrés Marin) D. Quixote, adapted from Cervantes’ novel, for the Théâtre national de Chaillot. His research activities focus on staging and acting in theory and practice, Shakespearian dramaturgy and the interactions between drama and science.

 

 

Christophe Couderc (EA Études Romanes, Univ. Paris Nanterre)

Le balcon dans la comedia espagnole du Siècle d’or : scénographie, signification(s)
La scène du théâtre commercial espagnol du Siècle d’or se caractérise par sa polyvalence et sa capacité à représenter toutes sortes de lieux. La scène de balcon, associée à des situations de séduction amoureuse, permet, grâce à sa fréquence dans le répertoire, de dégager quelques propriétés du jeu entre le haut et le bas, entre la position dominante du personnage féminin, objet d’une tentative de conquête, et la position dominée du personnage masculin, placé sous le balcon. L’exploitation de ce dispositif scénique contribue à l’accélération et à la complication de l’action, notamment quand la nuit environnante génère ou amplifie confusions et quiproquos.
The balcony in the comedia of the Spanish Golden Age: scenography and signification
The stage of public theatres of the Spanish Golden Age is characterized by its versatility and its ability to represent all kinds of spaces. Owing to its frequency in the wide corpus of comedias, the balcony scene, related to the theme of love and wooing, provides opportunities to analyse a number of features such as the play between the elevated and lower levels, between the dominant position of the woman, object of the amorous conquest, and the dominated position of the male character, who stands under the balcony. Making the most of this stage device contributes to the pace and complexity of the action, especially when the surrounding night adds to the confusion.

Christophe Couderc, agrégé d’espagnol, ancien élève de l’ENS de Fontenay-Saint Cloud, ancien membre de la Casa de Velázquez, est professeur à l’Université de Paris Nanterre, où il enseigne la littérature et la civilisation de l’Espagne du Siècle d’or. Il a consacré au théâtre espagnol de nombreux articles et plusieurs livres, dont Galanes y damas en la Comedia Nueva (2006), Le théâtre espagnol du Siècle d’Or (2007) et Le théâtre tragique en Espagne au Siècle d’Or. Cristóbal de Virués, Lope de Vega, Calderón (2012). Ses travaux ont porté dernièrement sur le paratexte dans le cadre du projet (ANR) « Les idées du théâtre ».
Christophe Couderc, is a professor at the University of Paris Nanterre, where he teaches the literature and history of the Spanish Golden Age. An agrégé of Spanish, a former alumnus of the Ecole normale supérieure of Fontenay-Saint Cloud and a former fellow of the Casa de Velázquez, he is the author of several articles and books on Spanish drama, which include Galanes y damas en la Comedia Nueva (2006), Le théâtre espagnol du Siècle d’Or (2007) and Le théâtre tragique en Espagne au Siècle d’Or. Cristóbal de Virués, Lope de Vega, Calderón (2012). He is currently working on paratexts for a nationally funded research project, “Ideas of theatre”.

 

 

Alban Déléris (IRCL, UMR 5186 CNRS, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)

La scène du balcon dans deux pièces françaises du premier XVIIe siècle : une dramaturgie de la transgression ?
En 1621, Étienne Bellone, auteur tourangeau, fait paraître à Rouen sa tragédie Les Amours de Dalcméon et Flore. Il y raconte les amours malheureuses de la jeune De Flore, fille d’Atamente qui, alors qu’elle est promise à Lapside, aime Dalcméon, qui l’aime en retour mais n’est pas d’une condition égale. Pour fuir l’autorité d’Atamente, Dalcméon décide de l’enlever en dressant une échelle à sa fenêtre. Mais une ombre prévient Atamente de ce projet, qui envoie arrêter les amants… En 1610, Genèvre de Claude Billard, publiée dans les Tragédies françoises, donne à voir une scène similaire. Mais la scène amoureuse est cette fois fausse et faussée, puisqu’elle est destinée à tromper le protagoniste Ariodan, à qui on fait croire que Genèvre le trompe avec son rival. La scène du balcon, si elle use d’une même dramaturgie, constitue ici une feinte. Tragédie dans un cas, tragi-comédie dans l’autre, les deux pièces proposent avec ces deux scènes « à la fenêtre » une poétique de la transgression et de l’indétermination. En effet, comme dans Romeo and Juliet, la scène du balcon constitue un moment d’hésitation, un pivot dramatique où les marqueurs génériques et poétiques de la pièce s’échangent, se mélangent et s’inversent. Il s’agit donc d’interroger la spécificité de ce moment, pendant lequel le temps dramatique est suspendu, où la théâtralité du spectacle devient plus patente et où les formes théâtrales s’hybrident. Moment nocturne de la transgression amoureuse ou de la feinte, comment s’inscrit-il dans le théâtre français des premières années du XVIIe siècle ?
The balcony scene in two early seventeenth-century French plays: a dramaturgy of transgression?
In 1621, Etienne Bellone, an author born in Tours, published in Rouen the tragedy Les Amours de Dalcméon et Flore, in which he dramatizes the unfortunate love of De Flore, daughter of Atamente, who wants to marry her to Lapside, although she is in love with Dalcméon. Dalcméon loves her in return but is not her social equal. In order to escape from Atamente’s authority, Dalcméon plans to kidnap her by setting a ladder under her window. But a ghost warns Atamente who stops the two lovers. In 1610, Claude Billard’s Genèvre, published in the Tragédies françoises, staged a similar scene. But in this case, the love scene is a distorted illusion, since it is intended to deceive the main character Ariodan, who is led to believe that Genèvre has a relationship with his rival. The balcony scene, whilst drawing on the same dramaturgy, is used as a stratagem. Both plays – a tragedy and a tragi-comedy – offer a poetics of transgression and indeterminacy. Indeed, as in Romeo and Juliet, the balcony scene constitutes a moment of hesitation, a dramatic moment when the poetic and generic elements of the play may be exchanged, interwoven and reversed. This article attempts to shed light on the specificity of the balcony scene, a moment when dramatic tension is suspended and the theatricality of the show becomes more evident. It questions the existence of this nocturnal moment of feints and of amorous transgressions in early seventeenth-century French drama.

Alban Déléris a soutenu en 2015 une thèse sur « La France au miroir de l’Angleterre : poétiques de l’hybridation dans le théâtre français (1590-1640) ». Il enseigne actuellement dans le secondaire.
Alban Déléris completed a thesis on “France mirroring England: poetics of hybridization in the French theatre (1590-1640)”. He currently teaches in a secondary school.

 

 

Frédéric Delord (IRCL, UMR 5186 CNRS, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)

Shakespearean echoes in the American musical: Balcony scenes
This article, which investigates the connexions between Shakespeare and pop culture, takes the reader on a journey through American musicals, paying particular attention to those produced on Broadway. Popular culture has managed to convince most people that in Shakespeare’s Romeo and Juliet, there really was a scene called the “balcony scene” even though it is not actually mentioned in the play. A long tradition of staging the scene in this way has overshadowed the actual text and stage directions. In the twentieth century, pop culture has appropriated the scene and transformed it into a topos. American musicals provide us with interesting case studies of this very process.
Échos shakespeariens dans le « musical » américain : les scènes de balcon
Cet article, qui étudie les liens qui existent entre Shakespeare et la culture populaire, propose d’emmener le lecteur dans un voyage à travers le musical américain, en portant une attention particulière à la scène de Broadway. La culture populaire a en effet convaincu l’opinion publique de l’existence d’une scène dite « de balcon » dans Roméo et Juliette bien que ce terme n’apparaisse nulle part dans la pièce. Une longue tradition de mises en scène a éclipsé les didascalies du texte d’origine. Au XXe  siècle, la culture populaire s’est emparée de cette scène pour en faire un lieu commun. Le cas de la « comédie » musicale américaine offre une illustration de ce phénomène.

Frédéric Delord has been teaching English at University Paul-Valéry Montpellier 3 since 2004 and holds a doctoral thesis in Shakespeare studies. He is currently working on allusions to Shakespeare in the American musical theatre. As head of the Language Centre (CLER) of University Paul-Valéry Montpellier 3, he also studies “Language Biographies” and heterolingualism in Youth Literature. He recently wrote a review of the Broadway musical Something Rotten! for Cahiers Élisabéthains (Spring 2017, n° 92).
Frédéric Delord est agrégé d’anglais et docteur ès lettres. Il travaille actuellement sur le théâtre musical new-yorkais. Directeur du Centre de Langues étrangères et régionales (CLER) de l’université Paul-Valéry Montpellier 3, il s’intéresse aussi à l’hétérolinguisme dans la littérature-jeunesse et aux « biographies langagières ». Il a récemment rédigé un compte rendu du spectacle de Broadway Something Rotten! dans les Cahiers Élisabéthains (Printemps 2017, n° 92).

 

 

Christy Desmet (University of Georgia)

Enter Beatrice, above”: The balcony as safe space in John Marston's The Dutch Courtesan
In John Marston’s The Dutch Courtesan, Beatrice “enters above” to greet and declare her faithful love to Freevill, even as he is struggling to disentangle himself from his relationship with the courtesan Franchiscina. Freevill’s plan to make a seamless shift from unlawful to lawful love is fraught with peril and, indeed, almost causes Beatrice’s death. This essay argues that the distinction between balcony and undifferentiated stage, or what Robert Weimann calls the locus and platea, figures the play’s moral division of the world between virtue and vice. How different productions stage the balcony scene influences viewers’ response to Beatrice’s steadfast love and Freevill’s casual use of a prostitute. A production at York University directed by Michael Cordner mitigates the moral hierarchy that places Beatrice above Freevill in the balcony scene by having the two address one another across a horizontal space, a decision that reinforces generally the production’s sense that virtue and vice exist on a continuum rather than as absolute opposites. A student production from Boston University emphasizes more heartily the play’s comic ethos. In this version, the balcony is a low one, allowing Beatrice and Freevill to interact physically at the window as they emphasize the incipient melodrama of Freevill’s hyperbolic rhetoric. Finally, the Boys’ Company of King Edward VI School in Stratford-upon-Avon, Edward’s Boys, places Beatrice—played by a slight, young boy with a soprano voice—high above the tall teenager who plays Freevill, stressing the moral relation between them through physical space. This essay argues that this last staging of the play fits best the play-text’s construction of moral geography.
« Béatrice entre, au-dessus » : le balcon comme espace de sécurité dans La Courtisane hollandaise, de John Marston
Dans La Courtisane hollandaise, de John Marston, Béatrice « entre au-dessus » pour accueillir Freevill et l’assurer de son amour fidèle, alors même qu’il cherche à se désengager de sa relation avec la courtisane Franchiscina. Les stratégies déployées par Freevill pour glisser d’un amour illicite à un amour licite s’avèrent périlleuses, jusqu’à mettre en danger la vie de Béatrice. Cet article démontre que la différenciation entre le balcon et un espace scénique indéfini, ou ce que Robert Weimann appelle le lieu et le plateau, représente la division morale du monde dans la pièce entre la vertu et le vice. Les différentes façons de représenter la scène du balcon influencent la réaction du public à l’amour constant de Béatrice et l’instrumentalisation d’une prostituée par Freevill. Une mise en scène de Michael Cordner à l’université de York atténue la hiérarchie morale qui place Béatrice au-dessus de Freevill dans la scène du balcon en les plaçant face à face sur un espace horizontal, une décision globalement conforme à l’esprit de cette mise en scène qui invite à voir la vertu et le vice comme des prolongements l’un de l’autre plutôt que comme des opposés absolus. Une mise en scène par des étudiants à l’université de Boston souligne avec entrain l’éthique comique de la pièce : le balcon est peu élevé, permettant à Béatrice et Freevill d’interagir physiquement à la fenêtre tout en soulignant le mélodrame qui se fait entendre dans la rhétorique hyperbolique de Freevill. Enfin, la mise en scène de la compagnie de garçons de King Edward VI School à Stratford-upon-Avon, les Edward’s Boys, place Béatrice, jouée par un jeune garçon frêle avec une voix de soprano, tout en hauteur, au-dessus du grand adolescent qui joue Freevill, soulignant leur relation morale à travers l’espace physique. L’article conclut que c’est cette dernière mise en scène qui reflète le mieux la façon dont le texte élabore une géographie morale.

Christy Desmet is Josiah Meigs Distinguished Teaching Professor at the University of Georgia. She is the author of Reading Shakespeare’s Characters: Rhetoric, Ethics, and Identity and co-editor of Shakespeare and Appropriation (with Robert Sawyer), Harold Bloom's Shakespeare (with Robert Sawyer), Shakespearean Gothic (with Anne Williams), a volume on Helen Faucit, the nineteenth-century Shakespearean actress and critic; and Shakespeare/Not Shakespeare (with Natalie Loper and Jim Casey). With Sujata Iyengar, she co-founded and is co-general editor of Borrowers and Lenders: The Journal of Shakespeare and Appropriation. Her current work focuses on Shakespeare and global appropriation and on Shakespeare in New Media and digital contexts.
Christy Desmet est Josiah Meigs Distinguished Teaching Professor à l’université de Georgia. Elle est l’auteur de Reading Shakespeare’s Characters: Rhetoric, Ethics, and Identity et elle a dirigé Shakespeare and Appropriation (avec Robert Sawyer), Harold Bloom's Shakespeare (avec Robert Sawyer), Shakespearean Gothic (avec Anne Williams), un volume sur Helen Faucit, la critique et comédienne shakespearienne du XIXe siècle ; et Shakespeare/Not Shakespeare (avec Natalie Loper et Jim Casey). Avec Sujata Iyengar, elle est co-fondatrice et co-directrice de Borrowers and Lenders : The Journal of Shakespeare and Appropriation. Elle travaille actuellement sur Shakespeare et les appropriations globalisées, et Shakespeare dans les nouveaux medias et contextes numériques.

 

 

Marc Douguet (UMR Litt&Arts, Université Grenoble-Alpes)

Un espace hétérogène : dramaturgie du balcon dans le théâtre français du XVIIe siècle
Une scène de balcon repose sur un obstacle physique, un clivage scénographique qui rompt l’homogénéité du plateau : elle suppose de définir, à l’intérieur de l’espace qui est donné à voir au spectateur, deux lieux dont les propriétés diffèrent – le balcon, d’une part, et la rue ou la place que représente le reste du plateau, d’autre part – et entre lesquels il est impossible de circuler aussi librement que dans un décor qui ne serait pas praticable. À partir d’un corpus d’une quarantaine de pièces françaises du XVIIe siècle, il s’agira ici de proposer une typologie des formes que peuvent prendre les scènes de balcon afin d’étudier la manière dont les dramaturges de cette époque ont exploité l’hétérogénéité spatiale propre à ce dispositif, et de tenter d’en analyser les fonctions dramatiques.
A heterogeneous space: the dramaturgy of the balcony in French seventeenth-century drama
A balcony scene relies upon a physical obstacle, a scenographic cleavage that splits an otherwise homogenous stage in two different spaces: the balcony, on the one hand, and the street or the public square represented by the rest of the stage, on the other. One cannot move from one area to the other as freely as if the scenery were not modular. Based upon a corpus of some forty seventeenth-century French plays, this article aims at classifying the different kinds of balcony scenes in order to study how playwrights used the spatial heterogeneity inherent to this scenic feature, and analyse its dramatic functions.

Marc Douguet est maître de conférences à l’Université Grenoble Alpes et membre de l’UMR Litt&Arts. Il travaille sur le théâtre français du XVIIe siècle et a consacré sa thèse (à paraître chez Droz en 2018) à la question de la liaison des scènes. Il est également spécialiste en humanités numériques, fouille de données textuelles et édition numérique des corpus théâtraux.
Marc Douguet is assistant professor at Grenoble Alpes University and a member of Litt&Arts, a joint research unit (UMR) of the University and the CNRS. He specialises in French seventeenth-century theatre. His PhD thesis (forthcoming from Droz in 2018) explores the linking of scenes. He also specializes in digital humanities, text mining and digital editions of plays.

 

 

Athina Efstathiou-Lavabre (Univ. Paris Nanterre)

Acting above in Richard Brome’s (1590?-1652) comedies
This paper focuses on some of the scenes in Brome’s works that use the stage direction “above”. What role does the action situated “above” have both dramatically and structurally within the plays? Does the spatial move result in greater comedic rhythm? What does it reveal about the dramatist’s use of the theatres for which he was writing, as witnessed by the example of the “window” during the play-within-the-play in The Antipodes (1638)?
Jouer depuis la galerie dans les comédies de Richard Brome (1590?-1652)
Cet article se concentre sur quelques scènes qui recourent à la didascalie “above” dans l’œuvre de Richard Brome. Quel rôle tient l’action “en surplomb” d’un point de vue dramatique et structurel ? Ce changement spatial entraîne-t-il un rythme plus efficace dans la comédie ? Que révèle-t-il de l’utilisation que faisait Brome des théâtres pour lesquels il écrivait, si l'on se réfère, par exemple, à la “fenêtre” de la pièce enchâssée dans The Antipodes (1638) ?

Athina Efstathiou-Lavabre is lecturer at Université Paris Nanterre. She is currently completing a monograph entitled Scènes baroques : Richard Brome (1590?-1652) et le théâtre dans le théâtre (Classiques Garnier) and is also finalising a bilingual electronic edition of A Jovial Crew or The Merry Beggars (1652) (Études Épistémè) with Paule Desmoulière.
Athina Efstathiou-Lavabre est maître de conférences à l’Université Paris Nanterre. Elle achève une monographie intitulée Scènes baroques : Richard Brome (1590?-1652) et le théâtre dans le théâtre (Classiques Garnier) et termine également une édition bilingue électronique d’Une joyeuse compagnie ou les Mendiants heureux (Études Épistémè) avec Paule Desmoulière.

 

 

Philippe Goudard (RIRRA21, Univ. Paul-Valéry Montpellier 3) avec Mégane Garençon (Master 2 Théâtre et spectacle vivant, université Paul-Valéry Montpellier 3)

Du cirque au balcon : « Up and Down » ou Juliette entre l’élan et la chute
Répondant à la stimulante invitation de l’IRCL à participer au colloque Scènes de balcon dans le théâtre européen des XVIe-XVIIIe siècles en faisant appel aux arts du cirque, nous avons proposé une adaptation de Roméo et Juliette (Acte II, sc. 2) pour une acrobatie aérienne au tissu. Quelle poétique pouvait naître de la rencontre entre la thématique du colloque et les composantes de l’acrobatie aérienne; d’une prise de risque en forme de rêverie suspendue entre effort et abandon; de ce territoire éphémère à explorer entre l’élan et la chute (Goudard, 2010) ? C’est avec ces questions que débuta le processus de création de « Up and down » dont nous rendons brièvement compte ici. On voit comment le langage acrobatique et la scénographie élémentaire mais puissante de l’agrès viennent au service du propos, les compétences de l’acrobate et l’agrès choisi sont à même de traduire en langage acrobatique plusieurs thèmes ou moments de cette partie de l’œuvre.
From the balcony to the circus: “Up and Down”, or Juliet, between swinging and falling
Responding to the IRCL’s stimulating invitation to imagine how the circus arts might contribute to a conference on Balcony Scenes in 16th-18th century European drama, we proposed an aerial silks adaptation of Romeo and Juliet (act II scene 2). This choreography aimed to explore the poetics that could emerge from an encounter between the theme of the conference and the components of aerial acrobatics; from the risk-taking implied in a form of dreaming, suspended between effort and release; from the ephemeral territory to be explored between swinging and falling (Goudard, 2010). Those were the questions underlying the creation of “Up and Down” which we briefly describe here. One sees how the acrobatic language and elementary yet powerful scenography of the props underscore the text, how the acrobat’s skill and the choice of fabrics and other equipment translate into acrobatic language several themes or moments of the play’s balcony scene.
Mégane Garençon est étudiante en Master 2 théâtre et spectacle vivant et se forme également aux arts aériens du cirque et à une forme organique de danse.
Mégane Garençon is an MPhil student in Drama and Live Performance. She is also training in aerial circus arts and an organic form of dance.
Philippe Goudard est professeur des universités en arts du spectacle, créateur d’une quarantaine d’œuvres de cirque contemporain et anime le programme de recherche « Cirque : histoire, imaginaires, pratiques » du laboratoire RIRRA21 à l’université Paul-Valéry Montpellier 3 dont la Bibliothèque possède un fonds unique au sud de la France de plus de deux mille ouvrages et autant de revues.
Philippe Goudard is professor in Performance Studies. He has created some forty contemporary circus choreographies and leads the research program on “Circus: history, imaginaries and practice” of the research centre RIRRA21 at University Paul-Valéry Montpellier 3, where the library has a unique holding in southern France of more than two thousand volumes and just as many journals.

 

 

Sarah Hatchuel & Ronan Ludot-Vlasak (Université Le Havre-Normandie, Université Lille 3)

Roméo et Juliette dans Candy: la scène du balcon entre tradition et subversion
Candy, manga japonaisen neuf volumes de Yumiko Igarashi (dessinatrice) et Kyoko Mizuki (scénariste), a été adapté en une série télévisée d’animation (ou anime) pour enfants comprenant 115 épisodes de 26 minutes diffusés entre 1976 et 1979 (à partir de septembre 1978 en France). L’intrigue suit les épreuves d’une jeune fille orpheline américaine au début du vingtième siècle. Lorsque Candy est envoyée en pension dans un sévère collège londonien, elle tombe sous le charme du ténébreux Terrence Grandchester, fils illégitime d’un duc anglais et d’une comédienne américaine. Terry repart en Amérique où il tente sa chance comme acteur shakespearien. Alors que les adaptations de Shakespeare à l’écran sont en jachère à cette période, Candy a fait découvrir son œuvre à toute une génération d’enfants nés dans les années 70 en leur donnant l’occasion d’assister à des scènes tirées de Macbeth, du Roi Lear et de Roméo et Juliette, notamment à la scène du balcon. Toute l’intrigue de Candy est, en fait, un miroir déformant, ainsi qu’une chambre d’échos, où se reflètent et se diffractent les amants maudits de Vérone – la dessinatrice, Yumiko Igarashi, a d’ailleurs adapté la pièce en manga en 2013.
Cette communication analyse les enjeux esthétiques, narratifs et idéologiques de la scène du balcon dans Candy. Cette scène, à laquelle on assiste à plusieurs reprises au théâtre et à la ville, scande la progression narrative de l’anime et oscille entre une représentation éminemment traditionnelle (influencée à la fois par le théâtre anglais du XIXe siècle et le film de Franco Zeffirelli sorti en 1968, quelques années seulement avant le manga) et une remise en question des codes genrés à travers de multiples séquences-avatars. Candy tient ainsi le rôle de Roméo quand elle parvient à pénétrer dans la chambre de Terry en sautant sur le balcon depuis la branche d’un arbre (épisode 38) ou quand elle se languit sous la fenêtre du jeune homme au cours d’un été passé en Écosse (épisode 43). L’histoire d’amour de Candy et Terry semble ne jamais pouvoir dépasser la scène du balcon, qu’ils rejouent sans cesse dans un jeu de variations qu’il s’agira ici de décoder.
Romeo and Juliet in Candy Candy : the balcony scene between tradition and subversion
Candy, a Japanese nine-volume manga created by Yumiko Igarashi and Kyoko Mizuki, was adapted into a children’s anime television series comprising 115 26-minute episodes which were broadcast between 1976 and 1979 (and from September 1978 in France). The narrative is centred on a young American orphan girl at the start of the 20th century. When Candy is sent to a strict London high school, she falls for Terrence Grandchester, the illegitimate son of an English lord and an American actress. Terrence soon leaves for the United States where he begins a career as a Shakespearean actor. Whereas hardly any screen adaptations of Shakespeare were released at the time, Candy gave an opportunity to a whole generation of children born in the 1970s to discover the playwright’s works through scenes taken from Macbeth, King Lear and Romeo and Juliet – especially the balcony scene. The whole narrative is, in fact, a distorting mirror and an echo chamber where the play’s star-crossed lovers are diffracted (Yumiko Igarashi actually adapted Romeo and Juliet as a manga in 2013).
This article explores the aesthetic, narrative and ideological stakes of the balcony scene in Candy Candy. This scene, which is repeated many times on stage and off stage, oscillates between a very traditional representation (influenced both by 19th-century British theatre and Franco Zeffirelli’s 1968 film) and a questioning of the gender codes: Candy thus plays the part of Romeo when she reaches Terry’s balcony from a tree branch (episode 38) or when she waits for him under his window during a summer spent in Scotland (episode 43). Candy and Terry’s love story actually never goes beyond the phase of the balcony scene, a sequence that they keep repeating in ceaseless variations that call for decoding. 

Sarah Hatchuel, présidente de la Société Française Shakespeare, est professeure en littérature et cinéma anglophones à l’Université du Havre. Elle est l’auteure delivres sur Shakespeare au cinema (Shakespeare and the Cleopatra/Caesar Intertext : Sequel, Conflation, Remake, Fairleigh Dickinson University Press, 2011; Shakespeare, from Stage to Screen, Cambridge University Press, 2004) et sur les séries télévisées (Lost: Fiction vitale, PUF, 2013; Rêves et series américaines: la fabrique d’autres mondes, Rouge Profond, 2015). Elle codirige la collection Shakespeare on Screen (CUP) et la revue électronique TV/Series. Voir aussi: http://shatchuel.wixsite.com/hatchuelsarah.
Sarah Hatchuel is professor of English literature and film at the University of Le Havre Normandy (France) and President of the Société Française Shakespeare. She has written extensively on adaptations of Shakespeare’s plays (Shakespeare and the Cleopatra/Caesar Intertext: Sequel, Conflation, Remake, Fairleigh Dickinson University Press, 2011; Shakespeare, from Stage to Screen, Cambridge University Press, 2004) and on TV series (Lost: Fiction vitale, PUF, 2013; Rêves et series américaines: la fabrique d’autres mondes, Rouge Profond, 2015). She is general coeditor of the CUP Shakespeare on Screen collection and of the online journal TV/Series. More at: http://shatchuel.wixsite.com/hatchuelsarah.
Ronan Ludot-Vlasak est professeur de littérature américaine à l’Université de Lille 3. Ses travaux portent sur les usages de Shakespeare et de l’Antiquité classique dans l’imaginaire américain. Il s’intéresse notamment à la fiction et au théâtre du XIXe siècle ainsi qu’à la culture télévisuelle et cinématographique contemporaine. Il est l’auteur de La Réinvention de Shakespeare sur la scène littéraire américaine (1798-1857) (PUL, 2013), a co-rédigé Le Roman américain (PUF, 2011) avec Jean-Yves Pellegrin et dirigé plusieurs numéros de revue sur les liens entre science et littérature et sur Shakespeare aux États-Unis.
Ronan Ludot-Vlasak is professor of American literature at the University of Lille 3. His research investigates the uses of Shakespeare and Classical Antiquity in American imagination, with a special interest in 19th-century fiction and drama, and contemporary television and film culture. He is the author of La Réinvention de Shakespeare sur la scène littéraire américaine (1798-1857) (PUL, 2013) and co-author, with Jean-Yves Pellegrin, of Le Roman américain (PUF, 2011). He has guest-edited collections of articles on Shakespeare in America and connections between science and literature.

 

 

Rui Carvalho Homem (Universidade do Porto)

Of mountebanks, lovers and thieves: Rhetoric and desire under two Venetian balconies
This article centres on a confronted reading of two balcony/window scenes set in Venice – The Merchant of Venice 2.6; Volpone 2.2 – as a heuristic device for their mutual critical illumination. It draws on the expectations that surrounded the treatment of Venice in early modern English drama, in light of the fascination exerted by the city over the contemporary imagination, and hence on the homologies and emulation that its commercial power and civic fame attracted. Elements common to the two plays that are brought to bear on the proposed reading of the scenes in question include the dynamics of material acquisitiveness, erotic desire and transgressive behaviour. Such features are related to the social and scenic arrangement of the scenes, and the nexus of ascension/descent that they entail. Yet another common dimension to be explored in this confronted reading concerns the two scenes' metatheatrical import – the elements of disguise and performance that the intervening characters adopt for these particular moments in the plays’ respective plots. Conversely, the proposed reading stresses a number of contrasting features that clearly distinguish the two scenes. Such features prominently include gender representations, and the extent to which the women (present, or alluded to) in the two scenes appear as respectively empowered and disempowered, perceptive or deceived. This will allow the two scenes to be perceived as fundamental for the delineation of the ethical grounding of The Merchant of Venice and Volpone, and for the terms under which they share the generic label of comedy.
Des charlatans, amants et voleurs : rhétorique et désir sous deux balcons vénitiens
Cet article propose une lecture de deux scènes de balcon (ou de fenêtre) vénitiennes, dans Le Marchand de Venise (acte 2 scène 6) et Volpone (acte 2 scène 2), comme procédé heuristique pour un éclairage critique croisé. Il s’appuie sur les attentes qui entouraient la thématique vénitienne dans le théâtre de la première modernité, à la lumière de la fascination qu’exerçait la ville sur l’imaginaire contemporain, et donc sur les homologies et émulations que suscitaient sa puissance commerciale et sa renommée civique. Parmi les éléments communs aux deux pièces on trouve la dynamique de la cupidité matérielle, du désir érotique et du comportement transgressif. Ces éléments sont à rattacher au dispositif social et scénique, et au noyau ascension/descente qu’ils provoquent. Une autre dimension à prendre en compte porte sur la métathéâtralité des scènes, avec des éléments de déguisement et de jeu dont les personnages s’emparent dans ces moments précis de l’intrigue. À l’inverse, l’article pointe également les contrastes entre les deux pièces, notamment les représentations genrées et la façon dont les femmes (présentes, ou auxquelles il est fait allusion) apparaissent comme agents ou sujets, lucides ou trompées. Cela permet de démontrer comment ces deux scènes jouent un rôle essentiel dans l’élaboration éthique de chacune des pièces et contribuent aux éléments qui permettent de les ranger parmi les comédies.

Rui Carvalho Homem is professor of English at the University of Oporto, Portugal. He is the author of two monographs – Shakespeare and the Drama of Alterity (in Portuguese; 2003) and Poetry and Translation in Northern Ireland: Dislocations in Contemporary Writing (Houndmills: Palgrave Macmillan, 2009) – and the editor of several collections, the latest of which is Relational Designs: Page and Stage, Canvas and Screen (Amsterdam and New York: Rodopi, 2012). He has published extensively on contemporary Irish poetry, Early Modern English drama, and word-and-image studies. As a literary translator, he has published versions of Shakespeare, Marlowe, Seamus Heaney and Philip Larkin. He is currently the Chair of ESRA, the European Shakespeare Research Association. More at: https://sigarra.up.pt/flup/en/FUNC_GERAL.FORMVIEW?p_codigo=215001.
Rui Carvalho Homem est professeur d’anglais à l’université d’Oporto, au Portugal. Il est l’auteur de deux monographies, Shakespeare and the Drama of Alterity (en portugais; 2003) et Poetry and Translation in Northern Ireland: Dislocations in Contemporary Writing (Houndmills: Palgrave Macmillan, 2009). Il a dirigé plusieurs collections, dont Relational Designs: Page and Stage, Canvas and Screen (Amsterdam and New York: Rodopi, 2012). Il est l’auteur de nombreux travaux sur la poésie irlandaise contemporaine, le théâtre de la première modernité et des études sur les rapports entre texte et image. Il a traduit Shakespeare, Marlowe, Seamus Heaney et Philip Larking. Il est actuellement présidente d’ESRA, la European Shakespeare Research Association. Voir aussi : https://sigarra.up.pt/flup/en/FUNC_GERAL.FORMVIEW?p_codigo=215001.

 

 

Sujata Iyengar (University of Georgia)

Shakespeare’s anti-balcony scene
While some appropriations of Shakespeare’s so-called “balcony scene” in Romeo and Juliet comprise detailed adaptations that remain close to Shakespearean texts, others refer to Shakespeare’s play only in elliptical, glancing, or vaguely allusive ways. These scattershot or loose Shakespearean references communicate meaning only because audiences, storytellers, and lovers all over the world identify the scene instantly as an emblem of romantic love. Two Gentlemen of Verona and Merchant of Venice likewise include scenes in which lovers are separated by vertical distance on stage and engage in a kind of duet. This essay surveys Shakespeare’s three romantic balcony scenes, identifies the key speech-acts and use of visual space that they share, and contrasts with them what I call an anti-balcony scene – the opening of Othello, in which Iago and Roderigo, below and without, roughly awaken Brabantio, upstairs and within, with the shouted news of Othello and Desdemona’s elopement. Finally, I speculate that the power of the romantic balcony-scene in Shakespeare stems from its folkloric origins, which eased its global translation into other cultures and modes.
L’anti-scène de balcon chez Shakespeare
Tandis que certaines appropriations de la scène connue comme la “scène du balcon” dans Roméo et Juliette comportent des adaptations détaillées qui restent fidèles au texte shakespearien, d’autres ne renvoient à la pièce que de façon indirecte ou vaguement allusive. Ces saupoudrages de références et allusions plus ou moins ténues font sens uniquement parce que des publics, conteurs et amoureux à travers le monde identifient instantanément cette scène comme étant emblématique de l’amour romantique. De même, Les Deux gentilshommes de Vérone et Le Marchand de Venise comportent des scènes où les amoureux sont séparés sur scène par un espace vertical et se livrent une forme de duo. Cet article examine trois scènes de balcon romantiques dans l’œuvre de Shakespeare, identifie les passages textuels clés et leur utilisation commune de l’espace visuel, pour les contraster avec ce que j’appelle l’anti-scène de balcon, la première scène d’Othello, où Iago et Roderigo, situés au niveau inférieur et à l’extérieur, réveillent Brabantio, situé en hauteur et à l’intérieur, pour l’informer en criant de la fuite d’Othello et de Desdémone. Je termine en considérant comment la scène de balcon romantique chez Shakespeare puise sa puissance évocatrice dans des origines folkloriques, qui facilitent une transition globalisée vers d’autres cultures et d’autres genres.

Sujata Iyengar, professor of English at the University of Georgia, is the author of Shades of Difference (Penn Press, 2004), Shakespeare’s Medical Language (Arden Shakespeare Dictionaries, 2011), and the editor of Disability, Health, and Happiness in the Shakespearean Body (Routledge, 2015). Her articles have appeared in the scholarly journals Shakespeare Quarterly (2016), Shakespeare Survey (2014), ELH (2002), and MaRDiE (2007), and in many edited collections including the widely referenced Color-Blind Shakespeare (Routledge, 2006) and Sensible Flesh (Penn Press, 2003), the award-winning The History of British Women’s Writing, Volume 2 (Palgrave Macmillan, 2010) and Rethinking Feminism in Early Modern Studies (Routledge, 2015) and the exhibition catalog Voices of Tolerance in an Age of Persecution (Folger Shakespeare Library, 2004). With Christy Desmet, Professor Iyengar co-founded and co-edits Borrowers and Lenders: The Journal of Shakespeare and Appropriation, a peer-reviewed, scholarly, online, multimedia publication that won the “Best New Journal” award of the Council of Editors of Learned Journals (CELJ) in 2007.
Sujata Iyengar, professeur d’anglais à l’université de Georgia, est l’auteur de Shades of Difference (Penn Press, 2004), Shakespeare’s Medical Language (Arden Shakespeare Dictionaries, 2011). Elle a dirigé le volume Disability, Health, and Happiness in the Shakespearean Body (Routledge, 2015). Ses articles ont été publiés dans Shakespeare Quarterly (2016), Shakespeare Survey (2014), ELH (2002), et MaRDiE (2007), ainsi que dans plusieurs collections, dont Color-Blind Shakespeare (Routledge, 2006), au référencement important, et Sensible Flesh (Penn Press, 2003), dans The History of British Women’s Writing, Volume 2 (Palgrave Macmillan, 2010), qui a obtenu un prix, et Rethinking Feminism in Early Modern Studies (Routledge, 2015), ainsi que dans le catalogue de l’exposition Voices of Tolerance in an Age of Persecution (Folger Shakespeare Library, 2004). Avec Christy Desmet, le professeur Iyengar est co-fondatrice et co-directrice de Borrowers and Lenders: The Journal of Shakespeare and Appropriation, une publication universitaire multimédia en ligne, avec comité de lecture, qui a obtenu le prix de la meilleure nouvelle revue scientifique en 2007, décerné par le Council of Editors of Learned Journals (CELJ).

 

 

Perry Mills (King Edward VI School, Stratford-upon-Avon)

Placing girls (or boys) on a pedestal – Dealing with vertigo in the early modern boys’ companies
The performance spaces employed by the boys’ companies at the turn of the seventeenth century were constantly being developed and adapted. Playwrights responded accordingly, and so scenes demanding different stage levels (a “casement” or a “balcony”) became more common. In this article, Perry Mills discusses extracts from such scenes performed by members of “Edward’s Boys” (for example, The Dutch Courtesan, Poetaster, The Woman Hater and Jack Drum’s Entertainment).
Placer des filles (ou des garçons) sur un piédestal : le vertige dans les compagnies théâtrales de garçons dans la première modernité
Les espaces scéniques utilisés par les compagnies théâtrales de jeunes garçons au début du XVIIe siècle étaient constamment réaménagés et adaptés. Les auteurs dramatiques s’adaptaient à ces évolutions, et c’est ainsi qu’on vit se développer des scènes écrites pour des dispositifs présentant différents niveaux (une « fenêtre » ou un « balcon »). Cet article présente des extraits de scènes joués par des membres des Edward’s Boys (tirés de La Courtisane hollandaise, Poetaster, Le Misogyne et Le divertissement de Jack Drum).

Perry Mills is deputy headmaster at King Edward VI School, Stratford-upon-Avon. He is an experienced leader of workshops for teachers and students on a variety of topics relating to the teaching of English and Drama in secondary schools. He edited The Taming of the Shrew for the Cambridge School Shakespeare series and wrote the Cambridge Shakespeare Student Guide on As You Like It. Throughout his career he has directed plays and in recent years developed “Edward’s Boys”, an all-boy company comprising members of the school, in order to explore the neglected repertoire of plays written for the boys’ companies around the turn of the seventeenth century.
Perry Mills est directeur adjoint de King Edward VI School, à Stratford-upon-Avon. Il a conduit de nombreux ateliers pour des enseignants et des étudiants sur l’enseignement de l’anglais et du théâtre en collège et lycée. Il a publié une édition de La Mégère apprivoisée dans la série Cambridge School Shakespeare, et il est l’auteur du volume sur Comme il vous plaira dans la série Cambridge Shakespeare Student Guide. Tout au long de sa carrier, il a mis en scène des pièces et depuis quelques années il a impulsé et dirigé les « Edward’s Boys », une compagnie théâtrale de jeunes gens scolarisés à King Edward VI School, dans le but d’explorer le répertoire relativement peu connu des pièces écrites pour des compagnies de jeunes garçons au tournant du XVIIe siècle.

 

 

Alison Passe (University of Aberdeen)

The monument scene in Antony and Cleopatra: a reinvention of the balcony scene in Romeo and Juliet?
Despite the popularity of Romeo and Juliet there has been surprisingly little study of the play in relation to Shakespeare’s other dual protagonist plays. This article suggests that there are unexplored links between these two plays and focuses on the balcony scene in Romeo and Juliet and the monument scene in Antony and Cleopatra. This article highlights the similarities between these two scenes through a close analysis of the texts and suggests that one is in fact a recycling or reinvention of the other. Shakespeare’s two great tragedies of love are more closely interlinked than has yet been acknowledged and this article aims to demonstrate that further work in considering the two plays together would be fruitful.
La scène du monument dans Antoine et Cléôpatre: une réinvention de la scène du balcon dans Romeo and Juliet?
Malgré la popularité de Romeo and Juliet, on peut s’étonner que peu d’études aient abordé cette tragédie en relation avec d’autres pièces du corpus mettant en scène un couple. Cet article suggère qu’il existe des liens inexplorés entre ces deux pièces et se concentre sur la scène du balcon dans Romeo and Juliet et la scène du monument dans Antony and Cleopatra. Cet article souligne les similitudes entre ces deux scènes que fait apparaître une analyse textuelle approfondie et suggère que l’une est, en fait, un recyclage ou une réinvention de l’autre. Les deux grandes tragédies d’amour de Shakespeare sont plus étroitement liées qu’on ne le pense et cet article vise à inviter à des travaux ultérieurs considérant les deux pièces conjointement.

Alison Passe is a PhD candidate at the University of Aberdeen where her doctoral thesis, supervised by Bruno Tribout, explores Cleopatra in Early Modern drama in England and France, 1552-1636. Her research interests lie in comparative Early Modern Anglo-French literature as well as the history of dramatic theory in both countries. She has presented at several conferences in the UK where her focus has been the French precursors and influences on Shakespeare’s Antony and Cleopatra.
Alison Passe est doctorante à l'université d'Aberdeen. Sa thèse, dirigée par Bruno Tribout, porte sur la figure de Cléopâtre dans le théâtre de la Renaissance en Angleterre et en France, en 1552-1636. Ses recherches portent sur la littérature de la Renaissance en France et en Angleterre, et sur l'histoire de la théorie dramatique dans les deux pays. Elle a présenté ses recherches lors de plusieurs conférences au Royaume-Uni, notamment sur les précurseurs français et leurs influences sur l’Antony and Cleopatra de Shakespeare.

 

 

Béatrice Pfister (Univ. Sorbonne Nouvelle)

La scène du balcon en ballet : Roméo et Juliette du classique au contemporain
Cet article se propose d’envisager l’adaptation en ballet de Roméo et Juliette à travers le traitement de la scène du balcon. Il étudie principalement trois chorégraphies, le ballet classique de Rudolf Noureev (1984) et les ballets contemporains d’Angelin Preljocaj (1990) et Sasha Waltz (2007). La scène du balcon a ceci de paradoxal que son élément définitoire, le balcon, constitue une contradiction dans les termes pour le ballet : alors qu’au théâtre les deux héros peuvent se dire leur passion malgré cet obstacle spatial, au ballet il est indispensable qu’ils dansent ensemble un pas de deux. L’analyse des chorégraphies prend pour fil conducteur le traitement de ce problème ainsi que les enjeux du double processus de réécriture, de la pièce de Shakespeare et des adaptations chorégraphiques antérieures, notamment la volonté des chorégraphes de s’approprier le matériau shakespearien pour faire œuvre originale.
The balcony scene in ballets: Romeo and Juliet, from classical to contemporary
This paper is a study of choreographic adaptations of Romeo and Juliet from the angle of the balcony scene. It focuses mainly on three ballets: Rudolf Noureev’s classical ballet (1984) and contemporary ones by Angelin Preljocaj (1990) and Sasha Waltz (2007). The balcony scene is paradoxical in that its defining feature, the balcony, constitutes a major problem for ballet: while in the play the two heroes can tell each other their passion despite this spatial obstacle, ballet requires that they dance a pas de deux. An analysis of the selected choreographies explores how this challenge is addressed. It also discusses the process of rewriting (of Shakespeare’s play and previous choreographic adaptations) and its implications, most of all the choreographers’ drive to appropriate the Shakespearian material in order to create their own original work of art.

Béatrice Pfister, normalienne agrégée de lettres modernes, est doctorante spécialiste de littérature comparée et de danse. Elle mène une thèse sur « La danse à la conquête du statut d'art : apologie et théorie du ballet dans les textes français et italiens de la fin du XVIe à la fin du XVIIIe siècle », sous la direction de Françoise Lavocat à la Sorbonne Nouvelle.
Béatrice Pfister, a former student of the École Normale Supérieure and agrégée in French literature, is a PhD student specializing in comparative literature and dance. Her PhD dissertation is entitled “Dance trying to conquer the status of art: Apology and theory of ballet in French and Italian texts from the late sixteenth to the late eighteenth century”. She works under the supervision of Françoise Lavocat at Sorbonne Nouvelle University in Paris.

 

 

Françoise Poulet (Univ. Bordeaux Montaigne)

La « scène de la fenêtre » dans Le Menteur de Corneille (III, 5) : l’illusion théâtrale comme jeu de dupes
Cet article propose une étude de cas, celle de la « scène de fenêtre » du Menteur de Corneille, comédie de 1644. Corneille renouvelle ce topos de la comédie amoureuse de deux manières : d’une part, en situant cette scène sur la place Royale, lieu à la mode dans les années 1640, il célèbre et questionne à la fois le mode de vie galant, qui risque de passer pour un jeu social hypocrite et étouffant aux yeux mêmes du menteur Dorante ; d’autre part, sur le plan métathéâtral, cette scène se rapproche du procédé du théâtre dans le théâtre car elle met en scène deux « comédiens » assistés de « souffleurs » ; mais chaque personnage a conscience de l’illusion qui se met en place tout en ayant la vue et/ou l’ouïe brouillées. Corneille se sert ainsi de cette scène pour manifester les pouvoirs de l’illusion théâtrale tout en plaidant pour qu’elle reste incomplète et maîtrisée.
The “window scene” in Corneille’s Le Menteur (III, 5): dramatic illusion as a fool’s game
This article is a case study of a “window scene” from Corneille’s 1644 comedy, Le Menteur. Corneille reworked this topos of love comedy in two ways: by setting the scene on the Place Royale, a fashionable place in the 1640s, he celebrated and critiqued the gallant lifestyle, which verges on a hypocritical and stifling social game, even in the eyes of the liar, Dorante; on the metatheatrical level, the scene recalls the structure of the play within the play, since it stages two “actors” assisted by two “prompters”, all of whom are aware of the illusion that is being created even though their sight or hearing are blurred. Corneille thus uses this scene to display the power of dramatic illusion even while pleading that it remain incomplete and under control.

Françoise Poulet est maître de conférences en littérature française du XVIIe siècle à l’Université Bordeaux Montaigne. Elle a consacré sa thèse aux représentations de l’extravagance dans le théâtre et le roman des années 1620-1660. Ses recherches portent sur la comédie et sur l’histoire comique. Elle a réalisé l’édition critique de La Clorise de Baro dans le vol. II de son Théâtre complet, coordonné par Bénédicte Louvat-Molozay, à paraître aux éditions Classiques Garnier. Elle prépare actuellement une édition de L’Hospital des fous et des Illustres fous de Charles Beys.
Françoise Poulet is senior lecturer in sixteenth-century French literature at Université Bordeaux Montaigne. Her PhD explored representations of extravagance in the plays and novels of 1620-1660. Her research interests are comedy and comedic stories. She edited Baro’s La Clorise in volume 2 of his Théâtre complet, coordinated by Bénédicte Louvat-Molozay, forthcoming from Classiques Garnier. She is currently working on an edition of Charles Beys’s L’Hospital des fous and Illustres fous.

 

 

Jennifer Ruiz-Morgan (University of Murcia)

Recreating Romeo and Juliet’s balcony scenes on the nineteenth-century Spanish stage
Julia y Romeo (1803), a play written by Dionisio Solís, was the first Spanish adaptation of the tragic story of the star-crossed lovers. Thus, the Spanish public first became acquainted with the tragedy through adaptations rather than through faithful renditions of the Bard’s play. Solís was followed by other nineteenth-century playwrights who wished to write their own versions of the widely acclaimed tragedy: García Suelto (1817), Balaguer (1849 and 1878), Dacarrete (1858), and Viñas y Deza and Sunols (1875). Amongst the aforementioned writers, only García Suelto omitted the two iconic balcony scenes (II.ii and III.v). Adaptations offer new insights into the reinterpretation of Shakespeare and his works. Hence, with the exception of García Suelto’s play, this article examines the different ways whereby Shakespeare’s memorable balcony scenes are recreated in the first Spanish adaptations of Romeo and Juliet.
Recréer les scènes de balcon de Roméo et Juliette sur la scène espagnole du XIXe siècle
Avec Julia y Romeo (1803), Dionisio Solís signe la première adaptation espagnole de l’histoire tragique des deux amants. C’est en effet à travers des adaptations plutôt que des traductions fidèles que le public espagnol se familiarisa avec cette tragédie. D’autres auteurs dramatiques lui emboîtèrent le pas, proposant leurs propres versions de la pièce, qui connut un grand succès : García Suelto (1817), Balaguer (1849 and 1878), Dacarrete (1858), and Viñas y Deza et Sunols (1875). Seul García Suelto omit les deux scènes de balcon iconiques (II.ii et III.v). L’intérêt des adaptations est qu’elles apportent des éclairages nouveaux sur les réinterprétations des œuvres de Shakespeare. Laissant de côté la pièce de García Suelto, cet article étudie les différentes manières de recréer les scènes de balcon dans les premières adaptations espagnoles de Roméo et Juliette.

Jennifer Ruiz-Morgan is a PhD candidate in Literature and Cultural Studies at the University of Murcia (Spain), where she also graduated in English Studies in 2014 and later completed her MA in European Comparative Literature in 2015. She holds an FPI research fellowship from the Spanish Ministry of Economy and Competitiveness (2015-2019), and she is a member of the research project “La recepción de las obras de Shakespeare en la cultura española y europea”. She is currently working on her doctoral thesis, which analyses the character of Juliet in nineteenth- and twentieth-century Spanish adaptations of Romeo and Juliet.
Jennifer Ruiz-Morgan est une doctorante en études littéraires et culturelles de l’université de Murcia (Espagne), où elle obtint sa licence en études anglaises en 2014, puis son master en littérature européenne comparée en 2015. Elle bénéficie d’une bourse de recherche du ministère espagnol de l’économie et de la concurrence (2015-2019), et elle est membre du projet de recherche sur la réception des œuvres de Shakespeare dans la culture espagnole et européenne. Sa thèse porte sur le personnage de Juliette dans les adaptations espagnoles de Roméo et Juliette des XIXe et XXe siècles.

 

 

Estelle Rivier (Université de Grenoble-Alpes)

Dialogue implicite entre Cyrano et Roméo au balcon de la salle Richelieu: Étude comparée des scénographies conçues par Éric Ruf pour la Comédie-Française, 2006-2016.
Située à une hauteur vertigineuse, Juliette (Sullane Brahim) se penche d’un balcon sans balustrade vers son Roméo (Jérémy Lopez). Tout autour, des pans de murs blancs se dressent dans la pénombre d’un plateau plongé dans un éclairage glacé. Éric Ruf signe ainsi la nouvelle mise en scène de Roméo et Juliette à la Comédie-Française en cette saison 2015-2016. Selon le principe de l’alternance chère à ce théâtre, se joue en parallèle dans la même salle Cyrano de Bergerac, mis en scène par Denis Podalydès en 2006 (scénographie également signée Éric Ruf) et repris régulièrement depuis avec autant de succès. Il est ainsi possible d’assister aux deux pièces dans une même journée...

Dans ce jeu virevoltant qui unit alors les deux œuvres, les faisant se succéder dans un même espace, quel échange sourd se noue inéluctablement entre Roméo et Cyrano vouant l’un et l’autre leur amour à la belle qui les distingue à peine depuis son balcon ? Comment la disposition verticale du décor renforce-t-elle l’élan lyrique que Shakespeare comme Rostand mettent si subtilement au profit du discours amoureux ? De quelle façon la Comédie- Française s’approprie-t-elle ces mythes ? Quel effet cela produit-il sur le spectateur ? Sur l’esthétique scénographique dans sa totalité ?

C’est le fruit d’une recherche de terrain (notamment par l’étude du travail du rôle et de la voix par les sociétaires du Français) que je propose d’exposer dans cette communication afin de montrer la façon dont l’espace de la salle Richelieu se met au service de dramaturgies complexes et les fait, de façon artificielle mais extrêmement intelligente, dialoguer entre elles.

 

Cyrano’s and Romeo’s Implicit Dialogue on the Balcony of the Comédie-Française: A Comparative Study of Éric Ruf’s Scenographies, 2015-16

Situated at a dizzy height, Juliette (Sullane Brahim) leans down towards Romeo (Jérémy Lopez) from a balcony without balustrade. All around them, white walls are perceptible in the cold dim lighting. Such are the broad lines of Eric Ruf’s design for his 2015 production of Romeo and Juliet for the Comédie-Française.In keeping with the theatre’s longstanding principle, the play was performed in alternation with Cyrano de Bergerac, directed by Denis Podalydès in 2006 (also designed by Éric Ruf), so that spectators could attend both plays on the same day.

In this matching of two plays, artificially united in a single space, what kind of silent conversation may Romeo and Cyrano engage in while courting their respective loves under a balcony? How does the vertical design strengthen the lyrical dynamics that Shakespeare and Rostand both use to serve the love discourse? How does the Comédie-Française appropriate those mythical plays? What are the effects on the spectator and on the overall aesthetics of the staging?

This article results from field-based work with the members of the Comédie-Française (among whom Éric Ruf) and tries to depict the way the space of this institutional venue is engaging the two plays in dialogue in an intelligent though implicit way.
 

Estelle Rivier-Arnaud, agrégée d’anglais, est maître de conférences à Le Mans Université. Auteure d’un Doctorat portant sur la scénographie des pièces de Shakespeare au vingtième siècle en France et en Angleterre (publié en 2006, Peter Lang S.A) et formée au Conservatoire d’Art Dramatique d’Orléans, elle est présidente de l’Association Act’ en scène. Ses recherches concernent majoritairement la mise en scène contemporaine des pièces des seizième et dix-septième siècles pour lesquelles elle rédige des comptes rendus (Cahiers Elisabéthains et Shakespeare en devenir) et a publié divers ouvrages (Shakespeare dans la maison de Molière, PUR, 2012 ; Shakespeare in Performance, co-ed. Eric C. Brown, CSP 2013; Rewriting Shakespeare for and by The Contemporary Stage, co-ed. Michael Dobson, Cambridge Scholars 2017). En 2019, Romeo and Juliet, From Stage to Image (co-ed. Eric C.Brown and Isabelle Schwartz-Gastine) paraîtra dans les Cahiers Shakespeare en devenir, dir. Pascale Drouet.

 

Estelle Rivier-Arnaud is senior lecturer at Le Mans Université. Her PhD thesis dedicated to French Productions of Shakespeare’s Plays in France and England was published in 2006 by Peter Lang. She has published several monographies on productions and rewritings of Shakespeare: Shakespeare dans la maison de Molière (PUR 2012); Shakespeare in Performance, co-ed. Eric C. Brown (CSP 2013); Rewriting Shakespeare for and by The Contemporary Stage, co-ed. Michael Dobson (Cambridge Scholars 2017). Trained at the Conservatoire d’Art Dramatique d’Orléans, she also directs the amateur theatre company Act’ en scène. She is co-editing a collection of essays, Romeo and Juliet, From Stage to Image (with Eric C. Brown and Isabelle Schwartz-Gastine), for the online journal Les Cahiers Shakespeare en devenir (dir. Pascale Drouet) in 2019.

 

 

 

Thierry Verdier (IRCL, UMR 5186 CNRS, Univ. Paul Valéry Montpellier 3)

David et Bethsabée, un épisode biblique de la scène du balcon et sa lecture iconographique au temps d’Henri VIII
Cet article se penche sur le récit biblique de David et Bethsabée et sa lecture iconographique dans un contexte politico-religieux précis, celui du règne du roi Henri VIII d’Angleterre, en s’intéressant à ce qui constitue une scène de balcon. L'auteur étudie le traitement iconographique de la scène, issue de l’Ancien Testament, au cours de laquelle le roi David découvre Bethsabée, notamment dans la représentation du récit dans la tenture d’Ecouen, tissée à Bruxelles et livrée à Henry VIIIen 1528. Dans cet ensemble de dix tapisseries, le recours au balcon est singulièrement marqué et porteur de significations diverses, puisqu’il permet tantôt de souligner le chagrin de Michol, l’épouse abandonnée, tantôt la puissance de David entouré de sa cour.
David and Bathsheba, a Biblical episode with a balcony scene and its iconographic reception at the time of Henry VIII
This article discusses the biblical story of David and Bathsheba and its iconographic reception in the specific political and religious context of Henry VIII’s reign, focusing on what amounts to balcony scenes. The author traces the iconographic appropriation of this scene from the Old Testament, when King David discovers Bathsheba, and goes on to discuss in greater detail the retelling of the story in the tapestries of Ecouen, which were woven in Brussels and delivered to Henry VIII in 1528. In this series of ten tapestries, the representation of the balcony is dramatically significant since it is used in turn to stage the sorrow of Michal, David’s repudiated wife, and David’s power, surrounded by his court.

 

Thierry Verdier est professeur d'histoire de l'art moderne à l’université Paul-Valéry Montpellier 3 et membre de l’IRCL (UMR 5186). Ses principaux thèmes de recherche sont l'histoire de l’architecture XVIIe siècle (France – Italie), et l'histoire des techniques (construction, décor, ingéniérie). Il est l’auteur de nombreux ouvrages.

 

Thierry Verdier is professor in modern history of art at University Paul-Valéry Montpellier 3 and a member of the IRCL (UMR 5186 CNRS). His main areas of research are the history of architecture in 17th-century France and Italy, and the history of technique (building, ornamentation, engineering). He is the author of several publications.

 

 

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